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CHANTAL GOYA

Jeune fille, une ultime fois,

pour la joie de ses petits-enfants

 

 

 

 

Paru dans PARIS-MATCH en novembre 1997

 

 

Magie de Noël... Marie-Rose, la poupée vivante des tout-petits, ressuscite sur les planches du Casino de Paris. Chantal Goya et Jean-Jacques Debout unissent de nouveau leur talent et leur amour pour présenter, du 20 novembre au 30 décembre, leur dernière comédie musicale : "Le Grenier aux trésors". C'est pour Samantha, 6 ans, et Sanjay 3 ans, ses deux petits enfants, qui ne l'ont encore jamais vue sur scène, que leur mamie remet des ballerines, ses jupons et son rose aux joues. "Après il sera peut être temps de passer aux lunettes et au petit chignon" dit-elle avec un humour qu'elle a toujours gardé au delà des nuages qui ont parfois assombri sa carrière.

 

 

 

A l'occasion de votre retour sur scène, quels sentiments éprouvez-vous ?

- Je suis à la fois impatiente et sereine. Il m'a fallu apprendre et répéter comme si j'avais quinze ans de moins. C'est un nouveau départ, pour une génération qui ne me connaît pas.

 

Une aventure qui vous fait peur ?

- Bien sûr, mais j'aime les défis. Et puis, j'éprouve un vrai plaisir et un bonheur profond à offrir du rêve aux enfants. Finalement, c'est devant eux que je me sens le plus à l'aise.

 

L'envie de chanter "Bécassine" ne vous est pas encore passée ?

- Pas du tout. Je n'ai d'ailleurs jamais arrêté le métier. Il y a deux ans que je n'ai pas chanté à Paris, mais j'ai donné des concerts à Nouméa, à Tahiti, et même au Liban, devant plus de 100 000 enfants. Au lendemain de la guerre, c'était un beau cadeau non ? J'ai toujours eu la pêche et j'ai besoin de bouger. J'épuise mon entourage (rires). Ma grand-mère, qui a 98 ans vient de s'acheter une voiture. Tous les espoirs me sont permis.

 

Même avec les cheveux gris, vous chanterez encore ?

- Je porterai une robe plus longue et un petit chignon, voilà tout ! Vous savez, je suis déjà mamie et très fière de l'être. Quand on devient grands-parents, la vie recommence.

 

 

Marie-Rose est-elle angoissée par les années qui passent  ?

- Elle, je ne sais pas. Moi je ne crains pas de vieillir. J'ignore par quel miracle j'ai autant de vitalité, mais je constate que j'appartiens à une bonne génération. Beaucoup de chanteuses ont la cinquantaine, Sylvie Vartan, France Gall, Françoise Hardy..., et elles sont sublimes.

 

Et sans avoir eu recours à la chirurgie esthétique !

- A croire que nous sommes toutes bénies des dieux !

 

Vous pensez pouvoir y échapper ?

- Certainement. Mon remède contre le temps, c'est l'application quotidienne d'une crème, un bon sommeil, ne jamais boire d'alcool ni fumer. Comme toutes les femmes, il m'arrive de prendre quelques kilos. Pour les perdre, j'ai essayé la gymnastique, mais au bout de 5 minutes ça m'énerve. Alors, je fais attention à ne pas manger trop de pain. C'est ma faiblesse: je suis capable d'avaler deux baguettes couvertes de beurre demi-sel dans la journée.

 

Au fond, personne n'a jamais tenté de marcher sur vos plates-bandes ?

- Nombre d'artistes chantent pour les enfants, mais les spectacles qu'écrit Jean-Jacques sont uniques. J'ai la chance d'avoir un mari poète à l'imagination inépuisable.

 

 

Quelle mère étiez-vous ?

- J'ai toujours eu peur que Clarisse et Jean-Paul ne manquent de quelque chose. J'étais à l'affût de ce qui aurait pu leur arriver.

 

On a du mal à vous imaginer sévère.

- (rires) C'est une catastrophe. J'essaie de tout négocier, mais je cède.

 

Êtes-vous une femme d'intérieur ?

- J'aime décorer, cuisiner... je suis capable, du jour au lendemain, de préparer un dîner pour quinze personnes. J'adore faire le marché !

 

Vous débordez d'amour pour votre mari...

- Et il y a près de 32 ans que nous sommes mariés ! J'ai connu Jean-Jacques quand j'avais 17 ans et j'ai compris qu'il serait le seul homme de ma vie.

 

Vous n'avez jamais succombé au charme d'un autre ?

- Ah non ! et, au premier qui me fait la cour, je réplique que je suis navrée et que tout va bien. Jean-Jacques est un être très sensible, avec lequel j'ai l'impression de vivre plusieurs existences. Sans lui, je m'étiole.

 

Il vous arrive bien d'être séparés ?

- Au delà de trois jours, je déprime. Pour l'éviter, je m'installe dans un café ou un restaurant, et je discute avec des gens. Instantanément, je revis.

 

Vous arrive-t-il de penser à la mort ?

- Je devrais peut-être le faire, au moins pour éviter que mes enfants, en plus de leur chagrin, n'aient à faire face a des problèmes d'organisation.

 

 

A une époque, vous avez eu affaire aux huissiers. Comment allez-vous financièrement ?

- Comme quelqu'un qui repart de zéro. C'est en 1987 que nos problèmes ont commencé. Je ne sais pas combien de temps je mettrai, mais j'épongerai toutes nos dettes anciennes, d'ailleurs en cours de re-négociation. Je n'ai jamais fui devant les difficultés.

 

Vous restez optimiste ?

- Je ne me lamente jamais. Dans une maison vidée de tous ces meubles, je suis du genre à dire : "Vous vous rendez compte, les enfants, plus de ménage à faire" (rires). De toute façon, dans mon cœur, j'ai un trésor plus précieux que tout : ma famille

 

 

 

 

"Ma petite fille Samantha me bouleverse et j'ai l'impression que je devais lui ressembler quand j'étais petite. Son petit frère, Sanjay, me fait aussi complètement craquer".

 

 

Interview : Catherine Tabouis

Photos : Bruno Bachelet

PARIS-MATCH 1997

 

 

 

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