Articles de presse

 

 

 

CHANTAL GOYA :

ELLE A TOUJOURS TREIZE ANS MAIS SAIT

AUSSI JOUER LES VAMPS

 

 

Paru dans PARIS-MATCH en 1982

 

 

 

Par Paul Guth

 

Dans l’Histoire, deux mystères physiologiques : l’Immaculée Conception et l’Immortelle Fillette.

Chantal Goya. Taille :13 ans ; voix12 ans ; coiffure :10 ans. Raie pour sucre d’orge. Frange pour confiture de groseille. Deux noisettes de poupée. Deux fossettes par joue. Une bouchette coulisse sur des dents mignonnes pour croquer le susucre et sur une langue à berlingots.

Ni bagues, ni maquillage d’yeux ni de cils. Tailleur de tweed, prune d’ente, genre blazer de lycéenne, jupe plissée façon marelle.

Dans la vie, nous avons tous quatre ou cinq têtes (voyez le père Hugo !). Depuis l’âge de trois ans, Chantal Goya n’en a qu’une.

 

- Quand je mets mon visage a côté de celui d’une petite fille, mêmes dimensions. Quand je dégage mon front, j’ai douze ans.

- Vous êtes déjà dessinée, comme dans un dessin animé (un collaborateur de Walt Disney).

- Je croyais que tu étais une image (une petite fille).

- Les enfants l’adorent parce qu’elle leur ressemble.

- Ils croient qu’elle existe, telle quelle, de toute éternité.

- Dis, amie, elle était pareille, Chantalgoya, quand tu étais petite ? (Ils l’appellent Chantalgoya, en un mot).

- Tu t’appelles Chantalgoya comment ?

- Tu ressemble à la Sainte Vierge.

 

Son vrai nom : Chantal de Guerre. Son mari, Jean-Jacques Debout, l’a baptisée Goya : il trouvait qu’elle ressemblait à une petite fille, dans un tableau du grand peintre espagnol.

Née sous le signe des Gémeaux, au Vietnam, parmi les hévéas, elle est le plant de caoutchouc le plus tenace de quatre mille hectares. Quatre mille : le nombre de ses spectateurs, plus tard, au Palais des Congrès.

Un père planteur, Vosgien, une mère bigoudène, deux races de roc. Une grande-mère maternelle de 84 ans lui a transmis le secret de l’éternel.

- La jeunesse, qu’elle me chuchote à l’oreille : garder la jeunesse du cœur.

L’élève la plus précoce du monde. Quand Chantal est née, sa mère, 17 ans, était élève de Première au Couvent des Oiseaux de Dalat (Indochine).

- J’avais un mois… Elle m’emmenait dans un berceau au fond de la classe.

Chantal a toujours vécu au pays d’enfance. Aînée de cinq enfants et de vingt-quatre cousins germains. Incroyable maman de Jean-Paul et Clarisse. D’une patience inaltérable avec les enfants.

- Je peux rester des heures à leur apprendre à parler, à manger, à lire.

Son enfance en Extrême-Orient lui a donné des nuances d’Asie aux pommettes, dans le mordoré de la peau, dans la haute sagesse, dans l’habitude de vivre l’au-delà.

Son triomphe actuel est le fruit d’une épopée de la prédestination, du courage, du talent. Et de la justice céleste.

Dans la chanson et le spectacle pour enfants, grâce à son Pygmalion de mari, Chantal a retrouvé son expression idéale.

A leur première rencontre, au mariage d’une amie , Jean-Jacques s’est arrêté net de jouer du piano, a piqué droit sur elle :

- Vous êtes exactement l’être dont je rêvais… Nous nous marierons… Nous aurons deux enfants… Je vous emmène à l’Opéra…

Chantal a la même tessiture de voix que les enfants : un octave et demi.

- Je remplace par la sincérité. Jean-Jacques, autre phénomène, ne connaît pas les notes. Depuis l’âge de deux ans, il entend la musique dans sa tête.

 

De 1968 à 1978, avec leurs enfants tout petits, ils ont mangé de la vache enragée. Un jour, quatre huissiers se disputaient leurs meubles. Jean-Jacques sombrait dans la déprime. Chantal était le granit. 

Enfin, tout s’est envolé. « Adieu, les jolies foulards ! » Chantal a emprunté dix mille francs à un banquier pour faire un disque avec cette chanson.

Ses enfants détestaient les chasseurs. A la campagne, ils dégonflaient les pneus de leurs voitures. Ils lui ont demandé une chanson sur un lapin qui tue un chasseur. Quatre mille enfants, dans la salle, imitaient Chantal, faisant, avec ses doigts, le geste des oreilles de lapin qui remuent. Son label, comme le canotier de Maurice Chevalier, la pipe de Brassens.

Puis, « Voulez-vous danser grand-mère » ? La robe blanche, la pureté au milieu des nos hurlements de violence.

1979. A l’Olympia, triomphe de « La forêt magique ». 1980 : au Palais des Congrès, triomphe du « Soulier qui vole ». Bientôt, « La planète merveilleuse » : soixante personnes en scène, dont dix enfants de neuf à douze ans . Un public colossal, vertigineux : tous les enfants de France, de deux à dix ans, extatiques, idolâtres, copiant tous ses gestes, faisant tourner ses disques, à la maison, vingt fois, cent fois par jour.

 

- De deux à cinq ans, ils ne pensent pas que je sois vraie. De deux à huit, ils veulent tout faire comme moi. De huit à dix, je suis leur amie.

Bienheureux Jean-Jacques et Chantal, qui sèment le bonheur à pleines notes et qui, parmi nos convulsions, chantent à chaque enfant :  « Malgré les grimaces des ogres et les grognements des démons, nous avons tous une étoile dans le cœur. »

 

 

Chantal Goya relookée pour Paris-Match

1982

 

 

Ces photos de Chantal Goya sont vraiment étonnantes. L'idole des enfants s'est amusée à poser en vamp pour notre photographie Benjamin Auger. "Une autre façon de vaincre le trac, dit-elle, avant mon nouveau show au Palais des Congrès : "La Planète Merveilleuse"

 

Paul Guth

PARIS-MATCH 1982

Photos de Benjamin Auger

 

 

 

Retour à la page

ARTICLES DE PRESSE