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L’AMÉRIQUE A CHOISI CHANTAL GOYA

 

Paru dans JOURS DE FRANCE en 1980

 

 

« La petite Française » dont la fraîcheur et la voix ont conquis les critiques américaines et les New-Yorkais.

 

 

 

Par Christian Bretagne

 

 

Qui est Chantal Goya ? Une jeune femme qui a l’âge qu’elle prétend avoir ou une jeune fille qui a « maquillé » son état civil dans le sens contraire à celui où on le « maquille » généralement ? Elle est là, devant moi, sans maquillage, coiffée comme on est coiffé en sortant d’un avion après sept heures de vol. Elle sourit. Et, quand elle sourit, Chantal a 20 ans. Elle  arrive de New York où l’on reste persuadé, là-bas, que la petite Française qu’ils ont invitée s’est, phénomène sans précédent, volontairement vieillie. Si Chantal a étonné les Américains, les Américains ont stupéfié et ravi Chantal. Et elle n’est pas prête d’oublier son aventure new-yorkaise :

 

- Autant vous le dire tout de suite, je suis folle de joie. Et c’est peut-être la joie qui me fait paraître l’âge  que vous avez la gentillesse de me donner.

« Pour fêter notre 14 juillet, P.B.C., une chaîne de télévision américaine, a eu une bien jolie idée. Elle a demandé à Maritie et Gilbert Carpentier de réaliser pour elle, « sur mesure », leur émission « Numéro un » rebaptisée pour la circonstance « Number One » ».

« Ce « Numéro un » d’exportation comporte un « échantillonnage », forcement incomplet, des vedettes représentatives du spectacle français. Il y a notamment des séquences avec Catherine Deneuve, Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, Dalida, Julien Clerc… et moi. »

 

 

Au Lincoln Center, la TV filme Chantal et Maritie Carpentier.

 

« Oui, moi, chantant « Peine », une chanson de Jean-Jacques Debout, qu’aiment particulièrement les américains. »

« Je suis évidemment très heureuse ; je mobilise un chœur d’enfants de Montmartre et nous allons tourner sur la Butte où je chante devant le Sacré-Cœur. On est en retard, comme d’habitude ; Jean-Jacques court en Angleterre, cherche et trouve une chorale d’enfants londoniens, enregistre les chœurs de « Peine » en anglais, revient à Paris, surveille le doublage et l’enregistrement final. Le film part le samedi pour les États-Unis. Nous sommes ravis mais exténués. »

« Le mardi matin, les gens de P.B.C. appellent Maritie Carpentier. Ils ont « visionné » l’émission le lundi soir. Ils trouvent l’ensemble merveilleux. Tellement merveilleux même qu’ils viennent de décider qu’avant de lancer « Number One » sur les chaînes, ils vont le présenter, dans la salle géante du Lincoln Center, à quatre mille invités représentant la presse, la télévison, la radio, le show-business et la « Society » new-yorkaise. Cette première, présidée par l’ambassadeur de France, a pour invité d’honneur Jean-Louis Guillaud, le président de T.F.1.

 

« J’interromps Maritie Carpentier qui me téléphone à l’aube pour m’annoncer cette nouvelle et lui dis que je suis rudement heureuse de le savoir, mais que j’aurais préféré m’en réjouir deux heures plus tard. »

« C’est alors que Maritie m’apprend qu’il n’y a pas deux heures à perdre, ni même deux minutes et que je dois me lever, prendre un bain à la rigueur, m’habiller, mettre une brosse à dents dans mon sac et sauter avec Jean-Jacques dans le premier avion pour New-York. »

« Et c’est là que commence ma si jolie aventure américaine. Après avoir « visionné » « Number One », les dirigeants de P.B.C. se sont dit qu’il serait bien d’inviter, pour la présenter aux spectateurs du Lincoln Center, l’une des vedettes de l’émission… et ils m’ont choisie. »

« Dans le prestigieux générique de « Number One », pourquoi moi ? Simplement, m’ont-ils expliqué plus tard, parce que je représente pour eux la « petite Française » type, telle que l’imagine l’Amérique. »

 

 

C’est Jean-Pierre Aumont qui a présenté Chantal aux Américains.

 

 

« Voilà. Je suis partie le mardi matin et, le soir même, présentée par Jean-Pierre Aumont qu’ils aiment depuis toujours et qui vient de faire un si joli livre sur Hollywood*, je suis entrée minuscule et pas très rassurée, sur la scène du Lincoln Center. »

« J’ai été saisie, pendant un dixième de seconde, d’un formidable trac et puis je me suis dit que s’ils m’avaient invitée c’est qu’ils m’aimaient bien et que la meilleure façon de les remercier ce n’était certainement pas d’essayer de les « épater » -bien difficile d'épater les Américains – mais d’être ce que je suis. »

« Et, finalement, nous avons bavardé comme de vieux amis. Je leur ai raconté Jean-Jacques, mes enfants, mes projets, ma vie. Ils m’ont dit, par-dessus la rampe :  « Vous êtes Peter Pan, Mary Poppins. Vous êtes la « Little French », telle qu’on l’aime. » C’est formidablement gentil, non ? »

Ce que, par modestie, Chantal ne dit pas, c’est que, le lendemain de cette soirée franco-américaine, le vice-président de C.B.S., la plus grande chaîne de télévison du monde, après s’être fait projeter les  films de ses galas, lui a dit : « Vous faites exactement ce que je cherche. Nous allons travailler ensemble. »

Chantal, qui, pendant six mois, ne fera rien d’autre que préparer son super spectacle du Palais des Congrès, a étonné l’Amérique… Et cela ne nous étonne pas.

 

 

Après les heures animées et les succès de New York, Chantal retrouve avec bonheur la calme Provence.

 

 

 

 

Christian Bretagne

JOURS DE FRANCE 1980

Photos de Luc Fournol

 

 

 

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