Articles de presse

 

 

 

 

"Découvrez Saint-Loup avec

CHANTAL GOYA"

 

 

 

 

Paru dans Jour de France en juillet 1988

 

 

Au Château de Saint-Loup, Jean-Jacques Debout et Chantal Goya ont découvert un cadre magique pour présenter leurs spectacles. Chaque week-end, ils animeront ce petit village des Deux-Sèvres.

 

 

 

 

 

Le Destin d'un château

 

 

Par Christine Gauthey

 

L'histoire aurait pu commencer par "il était une fois une fée et un poète". Une fée au nom connu de tous les enfants : Chantal Goya. Un poète qui a fait chanter toutes les stars de la chanson : Jean-Jacques Debout. Tous deux se sont retrouvés émerveillés, au pied d'un château magique dans son écrin d'eau, avec un ciel changeant, très bas, comme piqué dans son lanternon. Le donjon, de son air sévère, les contemplait, hautin. Coup de foudre. Neuf mois plus tard, le château s'embrasait sous le feu des projecteurs, devant les regards éblouis des deux mille spectateurs présents. En cette nuit du 1er juillet, Jean-Jacques Debout venait de conter "La Légende de Saint Loup", un très joli spectacle que lui a inspiré ce superbe lieu.

Pour Saint-Loup, il a eu envie de remonter sur scène, après quinze ans d'absence. Les refrains de cette légende sont déjà sur toutes les lèvres des habitants de ce petit village des Deux-Sèvres qui, jusque-là, somnolait près de son château, telle la belle au Bois Dormant attendant son prince charmant. Ainsi pourrait-on raconter cette aventure dont le deuxième acte vient de se dérouler.

 

 

Le premier acte remonte au mois de mars 1987. Le 28, en effet, le notaire de Saint-Loup, Mr Hervé Ducoin, reçoit un appel téléphonique très bref de la Ligue nationale française contre le cancer : "Vendez le château et les meubles". Une affaire très importante car l'édifice, un des plus purs du début de la Renaissance, est, de surcroît, richement meublé. La ligue en a hérité, en décembre 1983, date a laquelle fut connu le testament de la comtesse de Maussabré, propriétaire de Saint-Loup, décédée en avril de cette même année. Un testament qui a fait grand bruit. Une clause stipule que le domaine ne pourra être revendu par la ligue - ni vidé de ses biens - avant un délai de 20 ans. Pour cette association qui a besoin de capitaux afin de subvenir aux recherches contre le cancer, c'est un peu un cadeau empoisonné. Durant plusieurs années, la ligue tente de faire annuler cette clause. Ce que le tribunal lui accorde en février 1987 en argumentant que cette immobilisation des biens de la ligue va "contre l'intérêt public" ; voilà donc Saint-Loup mis en vente. Au grand émoi des habitants du village qui se demandent quel va bien être le sort de ce qu'ils considèrent comme leur château, par coutume. D'ailleurs, toutes les maisons qui datent du XVe et du XVIe siècle ont des galeries et balcons qui permettent, d'une habitation à l'autre, d'aller se réfugier jusque dans la cour du château qui joua durant des siècles son rôle de "protecteur".

 

 

Le plus gros du travail va commencer : l'inventaire. Le notaire et le gardien du château, Joseph Rezeau, qui, depuis 21 ans, veille sur les biens, vont, durant 8 jours pleins, étiqueter 1138 pièces. Ainsi le ballet des experts va pouvoir commencer. 8 défileront au château. 3 experts pour les meubles et tapisseries, un pour les tableaux, un pour l'extrême-orient et un pour l'art moderne. Leur rapport et le descriptif de chaque objet, passé à la loupe, "pèse" 150 pages dactylographiées. Estimation totale : 6 800 000 F dont 2 800 000 F pour le château et 4 000 000 F pour les meubles. En y ajoutant les biens mobiliers de Paris et de Monaco, la succession Maussabré est évaluée à 30 millions de francs. L'inventaire de Saint-Loup durera deux mois - 427 heures de travail exactement. Après quoi, l'estimation étant fixée, la publicité peut commencer. Les revues internationales spécialisées sont informées de la mise en vente. Un autre ballet s'amorce : celui des visites. Afin de dissuader les curieux et, pour éloigner d'éventuels acheteurs peu "solides", il est précisé que la consignation minimale pour enchérir lors de l'adjudication publique s'élève à 1 500 000 F, par chèque certifié. La date de la vente aux enchères est fixée au 23 octobre 1987, à 15 heures, en la salle des fêtes de Saint-Loup-sur-Thouet.

 

Et c'est ainsi que Jean-Jacques Debout fut informé de la vente. Début août, il téléphone à Mr Ducoin. A Loches, en Indre-et-Loire, il possède le château de Bussières, berceau des Maussabré. Il se porterait volontiers acquéreur de quelques souvenirs, tableaux ou meubles ayant appartenu à la famille. "Il s'agit d'un lot unique, le château, ses 8,47 hectares et son mobilier", répond le notaire. Jean-Jacques Debout raccroche, déçu. 3 semaines plus tard, il rappelle pour visiter le château.

Il découvrira Saint-Loup, un dimanche après-midi de la fin août 1987. Le château émerge à peine d'une légère brume qui ne parvient pas à se dissiper, en cette fin d'été. Tout à coup en pénétrant dans la chambre de la comtesse de Maussabré, Jean-Jacques Debout tombe en arrêt devant un portrait. 

- "Mais que fait-elle là ? demande t-il en se penchant sur le cadre. Je la connais.

- Il s'agit de Madame Gontaut-Biron, là mère de Madame de Maussabré , répond le notaire.

- Gontaut-Biron ? Mais nous venons d'emménager à Paris dans un appartement qui appartenait aux Gontaut-Biron !"

 

 

Jean-Jacques se laisse tomber dans le premier fauteuil qui lui tend les bras, comme touché par cette coïncidence. Il finit le reste de la visite dans les nuages, visiblement frappé par ce signe du hasard le ramenant vers cette famille. A partir de cet instant, il mettra tout en oeuvre pour acheter ce château. Tournée des banques, hypothèques possibles, il veut Saint-Loup. Il n'est pas d'ailleurs le seul. Canadiens, Australiens, Anglais, Danois, Américains, Libanais, les acheteurs ne manquent pas. On voit même Guy Degrenne (celui qui dessinait déjà les couverts à l'école) et deux ministres et secrétaires d'Etat se porter acquéreurs. L'inquiétude monde dans la petite commune. Que va devenir "le" château ? A la mairie, on se demande quelle stratégie adopter pour éloigner les projets les plus fous. La candidature de Jean-Jacques Debout les séduit, mais il ne donne plus signe de vie. La veille de l'adjudication, pourtant, il téléphone au notaire : "Combien serons-nous d'acheteurs pour demain? - 4 "clients" très sérieux", répond Mr Ducoin. 

 

 

Le 23 octobre 1987 à 15 heures précises, 600 personnes - la moitié du village - se pressent dans la salle des fêtes. A 15 heures et 1 minute, on allume les 3 chandelles témoins. Les enchères peuvent monter jusqu'à ce que la dernière mèche s'éteigne. La mise à prix est lancée : 6 800 000 F. Une main se lève : "6 850 000 F". 50 000 F, c'est la surenchère minimale. La salle retient son souffle. Et puis, silence total. Aucune autre surenchère. Les bougies diminuent. La dernière flamme s'éteint, il est 15h30 "adjugé", lance le notaire. Mais on ne sait à qui. La main qui a renchéri est "anonyme". "Je représente un acheteur qui tient à taire son nom", dira l'homme. Inquiétude dans la commune.

L'homme repart au volant d'une Mercedes. Le maire, Georges Aubère, relève le numéro d'immatriculation du  véhicule. Avec la complicité des gendarmes, il découvrira que la voiture appartient à Jean-Jacques Debout. A partir de là, une amicale conspiration du silence commence. Il s'agit de taire l'identité de l'acquéreur car, durant les 10 jours qui suivent le vente publique, n'importe quoi peut renchérir. Le nom de Goya-Debout risque d'attirer les convoitises, et de faire monter les prix. Sans trop savoir ce que ce couple célèbre compte faire du château, la commune donne son soutien tacite.

10 jours plus tard, à 16 heures, dans le bureau du notaire, en présence du maire et de la presse locale, le nom de l'acheteur de Saint-Loup est révélé. Deux semaines plus tard, la salle des fêtes, de nouveau pleine à craquer, accueille 900 personnes. Tout le village pratiquement a répondu à l'invitation de Jean-Jacques et Chantal, qui découvre Saint-Loup à cette occasion. La fanfare municipale est de la fête, Chantal improvise un mini spectacle de 20 minutes. Les enfants écarquillent les yeux. C'est un peu comme si le ciel était tombé sur ce petit village jusqu'ici bien tranquille, comme dirait Astérix.

 

Jean-Jacques Debout "plane" dans un bonheur sans nuage. Il n'a pas encore bien réalisé par quel hasard il s'était retrouvé seul acquéreur, alors que, la veille encore, 4 acheteurs étaient en concurrence. Quand le notaire lui apprendra la vérité, il verra là un quadruple signe du destin. L'avion de l'acheteur Danois a été détourné sur Bruxelles pour des raisons techniques le matin même de la vente. Un Italien qui devait arriver en hélicoptère n'a jamais pu se poser, à cause du brouillard. La femme de l'acquéreur parisien a été victime d'un infarctus dans la nuit précédent l'adjudication. Un américain a été retardé par un accident sur l'autoroute. Malédiction pour les uns. Heureux hasard pour les autres.

 

 

La Légende de Saint-Loup prend forme, Jean-Jacques Debout trouve là l'inspiration. En quelques mois, il compose ce spectacle. Chantal, elle, présente tous les samedis soir un spectacle où l'on retrouve son "monde magique" autour de Marie-Rose, avec des extraits du "Soulier qui vole", et de "La forêt Magique".

Le village s'est mobilisé autour d'eux. 40 personnes adultes et enfants, participent à la figuration. Pour les commerçants, les restaurants et les hôtels de la région, c'est l'aubaine. Un peu comme le "Puy du Fou" créé par Philippe de Villiers et qui, depuis 10 ans, contribue à la renaissance de la Vendée. "Avec les moyens de notre petite commune, nous avons déjà aménagé un parking de 400 véhicules pour les cars et les voitures des spectateurs, explique le maire, Georges Aubère, qui voit avec bonheur s'animer la commune qu'il administre depuis deux mandats. Nous allons faire le maximum pour soutenir l'entreprise de Jean-Jacques Debout et Chantal Goya. Car, avec eux, les habitants de Saint-Loup n'ont pas l'impression qu'on leur a volé "leur" château. Bien au contraire. Ce lieu de spectacles le tient "portes ouvertes" et chacun peut y participer, d'une façon ou d'une autre. A nous, maintenant, d'être à la hauteur de cette chance inespérée pour notre région."

 

C'est là le troisième acte qui va s'écrire cet été sous nos yeux... 

 

 

 

 

 

 

Christine Gauthey

Photos : Patrice Picot

JOUR DE FRANCE 1988

 

 

 

Retour à la page

ARTICLES DE PRESSE